Lundi 4 mai 2009
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LETTRE ADRESSÉE À UNE PROFESSEURE DES ÉCOLES D’INDRE ET LOIRE
Le 5 mai 2009
Chère Madame,
je vous remercie vivement pour votre courriel du 2 mai 2009.
Il est inacceptable que vous soyez punis par le Ministre et la hiérarchie de l’Éducation
nationale alors que, par votre décision intelligente et responsable, vous n’avez pas
voulu vous rendre complices de la nouvelle forme de maltraitance constituée par le
temps de soutien obligatoire après la classe. C’est une prise de responsabilité
humaniste et civique qui vous honore. Elle montre la voie pour que les enfants en
difficulté ne soient pas encore plus épuisés, démotivés... et finalement
psychologiquement et intellectuellement détruits par la journée la plus longue du
monde (six heures de temps contraint pour toutes les classes d’âges de l’école
primaire). En effet, vous savez mieux que le Ministre et l’Inspecteur d’Académie les
dégâts supplémentaires que constitue un soutien scolaire après la classe pour les
enfants en difficulté, en particulier ceux que l’on enferme sous l’étiquette de l’échec
scolaire. Ils viennent s’ajouter aux dégâts générés par l’accroissement de la pression
intellectuelle et relationnelle avec le poids augmenté au quotidien de la fréquence et
de la durée des apprentissages dits fondamentaux, dans le cadre combiné d’une
semaine ramenée arbitrairement à quatre jours (il faut faire en quatre jours ce qui
était fait en quatre jours et demi) et de nouveaux programmes imbéciles. Il n’y a plus
de temps de respiration au cours de la journée alors qu’il est indispensable pour que
tous les enfants, surtout ceux qui sont en difficulté, puissent récupérer de leurs
fatigues psychologiques et intellectuelles, et restaurer peu ou prou leurs capacités
d’attention, de concentration intellectuelle et de traitement de l’information. Il n’y a
plus assez de temps pour que les enfants puissent libérer leurs émotions, leurs
sensibilités, capacités et intelligences cachées, ainsi que leur imaginaire lorsqu’ils
s’engagent dans les arts plastiques, le chant choral, la narration, la découverte de la
nature, les particularités de la vie végétale et animale, l’histoire captivante de nos
ancêtres et du monde, les modes de vie dans les différentes cultures humaines... Les
enfants apprennent aussi bien le français, ou mieux, au cours de ces temps de
diversification et de découverte que dans les situations d’apprentissage formel et
explicite de la langue. Bien évidemment, les enseignants le savent.
Si on prend le cours préparatoire comme exemple, aucun enfant de six à sept ans ne
peut accepter d’être au quotidien en situation de contrainte intellectuelle et
relationnelle pendant deux heures trente minutes pour l’apprentissage du français
(10 heures pour la semaine) et une heure quinze pour le calcul et les mathématiques
(5 heures par semaine). Les Scandinaves sont horrifiés.
À 16 heures, les enfants en difficulté sont épuisés, enfermés dans leurs peurs,
blocages et inhibitions, dans leur anxiété, leurs angoisses... surtout lorsqu’ils se
projettent dans le retour à la maison alors que leur milieu familial est en souffrance.
Ils le sont déjà au début de l’après-midi ou même, pour les plus fragiles, vulnérables
et démunis, dès la fin de la matinée comme le montre l’observation des enfants
accueillis dans les écoles de ZEP. Seuls les enfants qui vivent au quotidien dans la
sécurité affective, sans déficits de sommeil et sans comportements “perturbés” et/ou
“perturbateurs”, peuvent être suffisamment vigilants, attentifs, réceptifs et
disponibles au cours de l’après-midi pour capter et traiter les messages du maître, et
ainsi se réaliser comme élèves. Et encore, pas tous les jours selon les fluctuations de
leurs équilibres physiologiques, émotionnels, affectifs, sociaux et cognitifs.
En imposant sans concertation la semaine de quatre jours, l’augmentation délirante
du poids des “fondamentaux” et le soutien accordé après la classe aux enfants en
difficulté, le Ministre et la hiérarchie de l’Éducation nationale déshumanisent l’école,
accroissent les inégalités et injustices sociales, en conduisant un nombre croissant
d’enfants à s’enkyster dans le “désamour” pour l’école et son rejet, et ainsi plus ou
moins progressivement dans la marginalité sociale. Ce “système” aberrant et
“concentrationnaire” stigmatise les familles qui cumulent les difficultés personnelles,
morales, familiales, sociales et culturelles. C’est une honte pour notre pays... en
principe l’un des berceaux des Droits de l’Homme. Les étrangers que je rencontre ne
comprennent pas ce “système”. On n’aurait pas agi autrement si on avait voulu
pérenniser une école à plusieurs vitesses dans laquelle les plus fragiles, vulnérables et
démunis ne peuvent même pas passer la première vitesse, et s’engager avec confiance
dans le désir de comprendre et d’apprendre faute de pouvoir enclencher les vitesses
supérieures qui permettent d’accéder aux différents niveaux des savoirs et des
connaissances.
Le tribunal incontournable de l’Histoire retiendra que l’actuel Ministre de l’Education
Nationale, ses conseillers patachons et idéologues, et sa hiérarchie vassalisée ont
institué un système de maltraitance, de stigmatisation, de culpabilité et d’exclusion
implicite qui déshonore notre pays et notre nation.
Il n’y a jamais eu autant d’Inspecteurs d’Académie révoqués qu’en 2008-2009 alors
que leur “faute” a été d’entendre et d’essayer de comprendre la décision et le désarroi
des enseignants. Les informations qui “remontent du terrain” montrent toutes qu’il
n’y a jamais eu autant d’enfants épuisés et déboussolés, et aussi d’enseignants
exténués, stressés, démoralisés et culpabilisés par les échecs persistants des élèves les
plus fragiles, vulnérables et démunis. Les lettres qu’ils adressent à leurs édiles,
souvent le ou la maire, sont pathétiques et souvent bouleversantes. La porte est
béante pour la consommation accrue de somnifères, calmants, psychotropes... des
enfants, de leurs parents inquiets ou désespérés et de leurs maîtres... qui perdent
confiance dans leurs compétences. Les Français sont déjà les plus grands
consommateurs de ces molécules !
Par votre refus, vous sauvegardez la dignité de l’école. Merci.
Je suis prêt à vous défendre en tous lieux et devant quiconque, y compris devant les
tribunaux si une action judiciaire devait être décidée.
Vous pouvez diffuser sans retenue tout ou partie du présent courriel.
Bien à vous
Hubert Montagner